Décidément, la visite privée en France du dictateur Ismaël Omar Guelleh et de son épouse Kadra Mahamoud Haid, arrivés respectivement les 1 et 2 juillet 2011 à Paris, n'a pas été de tout repos cette année. Les jours de vacances que le couple a prévus paisibles à Paris, après des mois de répression féroce contre le peuple djiboutien, après un flot d'arrestations et de détentions arbitraires, après maintes brutalités volontaires et autres actes de torture méthodique, après moult cas de viol, après la mort à répétition donnée à des civils innocents, ces jours de vacances donc, se sont soudain chargés d'angoisse. L'angoisse a surgi pour le couple dictatorial à l'annonce, par les démocrates djiboutiens en exil, soutenus par des amis démocrates de Djibouti, d'une action de protestation anti-dictatoriale à Paris. Action à laquelle l'Association pour la Démocratie et le Développement à Djibouti (ADD), a appelé.

Et pourquoi cette angoisse ?

C'est que, pour cette énième action de Paris contre la dictature à Djibouti, les démocrates djiboutiens de l'extérieur ont géographiquement innové. Ils ont choisi un lieu stratégique pour tenir la protestation: la luxueuse résidence privée du couple dictatorial au 91 Avenue Henry-Martin dans le 16ème arrondissement de Paris. De plus, les démocrates djiboutiens ont décidé d'étaler l'action sur toute une semaine: sit-in de deux heures les lundi 11 juillet, mardi 12, mercredi 13, jeudi 14 et vendredi 15, suivi d'une manifestation le samedi 16 juillet 2011 de 14 à 17 heures.

Une action démocratique exigeant son départ et celui de son système dictatorial sous ses fenêtres, et qui se déroule sans qu'il ne puisse lancer ses sbires casqués et armés contre les participants, voilà une bien désagréable surprise pour le couple dictatorial djiboutien. La douceur des vacances parisiennes a soudain viré à l'aigreur et la superbe du départ en vacances a fait place à la peur.

Que faire ? A quelle porte frapper pour empêcher cette action démocratique qui relaie la voix des sans-voix de Djibouti ? Qui appeler au secours à Paris pour échapper ne serait-ce qu'au regard des voisins de quartier et sauver ses vacances ? Le téléphone du président dictateur Guelleh chauffe. Sans obtenir, cependant, que toute la protestation soit empêchée. La Préfecture de Paris se contente d'abord d'amputer l'action projetée par les démocrates djiboutiens de son volet sit-in, décision que les organisateurs répercutent dans l'annonce de la protestation.

Devant la perspective d'une manifestation sous les fenêtres cossues de son appartement luxueux de 415 mètres-carrés et d'une valeur au moins égale à 7 millions d'euros, le dictateur Guelleh finit par écourter son séjour à Paris qu'il quitte le 8 juillet 2011. Madame, elle, décide de rester quelques jours de plus à Paris où elle a ses habitudes.

Autorisation en main, les démocrates djiboutiens se préparent donc à faire retentir dans le ciel parisien la voix étouffée du peuple bâillonné et martyrisé de Djibouti lorsque, tard dans l'après-midi du vendredi 15 juillet 2011, la Préfecture de Paris annule brutalement l'autorisation qu'elle vient d'accorder. Motif: «une instruction venue de très, très, très haut». Depuis Djibouti, le dictateur Guelleh a continué de chauffer le téléphone vers Paris. Gênées, les autorités préfectorales proposent de déplacer la manifestation vers les abords de l'ambassade de Djibouti à Paris située au 26 rue Émile Menier dans le 16ème arrondissement. Non sans pondre en ce sens une nouvelle autorisation annulant et remplaçant la précédente.

Les démocrates djiboutiens, qui en ont vu bien d'autres, prennent acte de cette entorse à la démocratie des autorités politiques de la Patrie des droits de l'Homme. Mais ils refusent de se laisser dicter le lieu de leur manifestation, d'autant qu'ils ont déjà manifesté de nombreuses fois devant l'ambassade de Djibouti à Paris. Résultat: pas de manifestation ce samedi 16 juillet 2011 à Paris contre la dictature à Djibouti.

La logique de ce que l'on appelle Françafrique (relations opaques et complaisantes de la France avec les dictateurs africains) vient encore de s'illustrer à Paris, rappelant au passage que la «rupture» dans les relations franco-africaines, annoncée en la matière par le président Nicolas Sarkozy à son élection de 2007, demeure lettre morte.

Reste que cette initiative des démocrates djiboutiens rappelle la grande fragilité du couple dictatorial djiboutien, incapable de supporter la moindre protestation libre. Elle pointe aussi un point faible d'Ismaël Omar Guelleh et de Kadra Mahamoud Haid: cet appartement cossu acquis avec l'argent public volé au peuple djiboutien.

Les démocrates djiboutiens ont donc, outre une vigilance accrue contre les allées et venues du dictateur Guelleh sur les terres de liberté, à livrer une nouvelle bataille autour de ce bien mal acquis du couple au cœur de Paris. A l'instar des démocrates gabonnais et congolais au sujet des biens mal acquis de leurs dictateurs en France.

La lutte continue pour la démocratie.
 

DAD signifie «Démocratie A Djibouti».



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